Commune mixte de Haute-Sorne

Le régime français

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En décembre 1792, la communauté de Glovelier envoya pour la représenter à l'Assemblée nationale de la République rauracienne qui venait d'être proclamée à Porrentruy, l'instituteur Pierre-François Eschmann. Sceut délégua de son côté Joseph Kubler. Mais la réunion à la France, votée le 7 mars 1793 par une nouvelle assemblée amputée des trois quarts de ses membres sous la pression des baïonnettes françaises, provoqua une levée de boucliers à Glovelier qui refusa de procéder à l'élection des autorités municipales. La réaction des commissaires de la nation fut brutale. Le 18 avril, le village fut cerné par la troupe, la commune convoquée à l'église et les habitants sommés de se prononcer par écrit pour ou contre la réunion. Aucun ne signa pour la réunion. Douze otages, dont le curé du lieu, furent alors conduits à Delémont et le village fut occupé par un bataillon au frais de la population. Les habitants cédèrent alors à la violence qui leur était faite et leurs députés Eschmann et Hertzeisen obtinrent des commissaires à Porrentruy la libération des prisonniers et la levée de l'occupation "sous condition de reproduire les prisonniers à réquisition et de chasser les religieux de Bellelay du village, quand il s'en trouverait."
 
 

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L'opposition de Glovelier, devenu chef-lieu de canton dans l'administration du Département du Mont-Terrible, ne cessera de se manifester contre les exigences d'un pouvoir exécré. Pour obvier à la conscription des jeunes gens de 20 à 25 ans, on fit disparaître les registres de baptêmes, qui restent introuvables aujourd'hui encore. Les gendarmes et les soldats français sont mal accueillis et parfois cela tourne au drame. En été 1796, pour venger trois de leurs camarades battus au sortir d'un cabaret, les volontaires du poste de Glovelier organisent une expédition punitive et assaillent à coups de sabre trois particuliers de l'endroit, dont l'un, nommé Germain Girard, sera tué sur place. D'autre part, les mesures répressives à l'encontre du culte et la poursuite des prêtres qui refusent le serment constitutionnel alimentent le mécontentement de la commune.
 
 
En 1796, lors de la prestation du serment des élus, Glovelier émet des réserves concernant "la religion des pères" et les promesses faites à ce sujet par les commissaires. Tout le canton apparaît alors à l'administration "gangrené" par cette question, dont on rend responsables les moines de Bellelay qui continuent à desservir les paroisses de Boécourt et de Bassecourt. La réquisition des biens et en particulier les exactions des soldats fournissent d'autres sujets de plainte.
 
 

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Mais en dépit de sa résistance farouche à la réunion à la France, Glovelier, comme toutes les autres communes de l'ancien Evêché, accomplit, malgré elle, la mutation en profondeur que constitua pour les mœurs, la législation, les relations sociales et économiques, les vingt années passées au sein de la Grande Nation. Il faut dire que la mise en place d'un régime stable et supérieurement organisé après le coup d'État de Bonaparte en 1799, la restitution des églises et le retour des prêtres après la signature en 1801 du Concordat avec le Saint-Siège, des récoltes abondantes jusqu'en 1810 et les retombées psychologiques de l'épopée impériale vinrent tempérer singulièrement le mécontentement des Jurassiens, du moins jusqu'en 1812. C'est finalement la crise financière, la pénurie des subsistances, la désastreuse campagne de Russie, mangeuse d'hommes, et l'invasion du pays par les armées étrangères qui firent désirer un nouveau statut politique pour l'ancien Évêché détaché de la France par Traité de Paris du 20 mai 1814.