Commune mixte de Haute-Sorne

Le turbulent XIXe siècle

        

Dans l'été de l’année 1814, Glovelier manifesta, comme les autres communes du Jura catholique, le vœu d'un rattachement à la Confédération suisse sous la forme d'un canton indépendant, avec ou sans le gouvernement de son ci-devant prince. Mais il ne montra pas une désapprobation marquée à la solution finalement retenue par le Congrès de Vienne d'une annexion au canton de Berne. Même, la politique restauratrice du patriciat bernois dut plaire à cette population restée essentiellement rurale et conservatrice. Au moment de la révolution de 1831, ne fut-elle pas la seule commune de langue française du bailliage de Delémont à dire non à la constitution libérale ? Il est vrai que la période de la Restauration, hormis le "cher temps" de 1817 à 1819, fut une période de calme prospérité pour le Jura. Glovelier vit son rôle de plaque tournante se renforcer par l'ouverture au trafic en 1821 de la route de Delémont à Saint-Brais par le tunnel de la Roche. Sa population s'accrut, passant de 426 âmes en 1819 à 526 en 1838.
 
 

        

Signatures par les grandes puissances d’Europe de l’Acte du Congrès de Vienne
 
Réunion de l'évêché de Bâle et de la ville et du territoire de Bienne au canton de Berne
 
Art. 76. L'évêché de Bâle, et la ville et le territoire de Bienne, seront réunis à la confédération helvétique et feront partie du canton de Berne.
Au demeurant, ce qui motiva le refus des citoyens de Glovelier en 1831, c'est moins la démocratie libérale que la crainte de ses effets possibles, en particulier l'intrusion de l'État dans les affaires de l'Église. En fait, quand il s'agira de défendre le particularisme jurassien au plan tant religieux que politique, leur détermination sera exemplaire. Ainsi les verra-t-on s'associer au mouvement de protestation des catholiques jurassiens refusant que leur soient appliquées les propositions schismatiques de la conférence de Baden, acceptées par le Grand Conseil bernois dans sa séance du 29 février 1836. Cette attitude leur vaudra les douceurs d'une occupation militaire.
 

 
Ils soutiendront les efforts déployés pour maintenir la législation française dans le Jura et appuieront le mouvement national de Xavier Stockmar dans les années 1840. C'est d'ailleurs à Glovelier, en octobre 1839, que seront élaborés les termes de la "pétition jurassienne". A plus de 80 % des voix exprimées, ils ratifieront l'acte constitutionnel de 1846 consacrant le statut particulier du Jura à l'intérieur du canton de Berne. En revanche, ils s'opposeront aux tentatives d'assimilation de la minorité jurassienne par la majorité bernoise en refusant, à 9 contre 1, l'introduction du referendum législatif en 1869 et la constitution unitaire de 1893. Il n'y a guère qu'à propos de la constitution fédérale de 1848 que leur vote diffèrera de celui de l'ensemble du Jura : ils l'approuveront d'autant plus largement que beaucoup s'abstiendront d'exprimer leur suffrage.
 

        

Le refus moins net – 7 contre 1 – opposé à la loi sur les cultes du 22 janvier 1974 traduit bien le clivage existant au sein de la population du village, dont une partie soutient le gouvernement radical bernois dans son projet d'introduire dans le Jura, à l'instar de Bismarck en Allemagne, un catholicisme d'État, rejetant l'autorité du Pontife romain. Le Kulturkampf déploya donc ses effets à Glovelier. Le curé Jean-Baptiste Chételat, qui avait protesté avec 68 de ses collègues du clergé jurassien contre la destitution de l'évêque de Bâle, Mgr Eugène Lachat, fut, comme eux, révoqué de ses fonctions par la Cour d'appel du canton le 15 septembre 1873 et atteint par le décret d'expulsion pris le 30 janvier suivant contre les protestataires. Il fut obligé de quitter sa cure et son église; elles furent reprises par un prêtre "intrus" nommé Vontron qui n'eut que de rares fidèles. Les actes du culte romain se déroulèrent clandestinement dans les granges, en particulier à la "Djinie". Les gendarmes manièrent le bâton, l'amende et la dénonciation. Des troupes occupèrent le village. Il faudra attendre 1880 pour que le curé Chételat recouvre ses droits, rappelé par la quasi unanimité de ses paroissiens. Les plaies causées par cette crise aiguë furent longues à cicatriser.